SAUVEGARDE du PATRIMOINE CULTUREL, SOCIAL, ARCHITECTURAL des MAISONS EN BOIS

Maison de bois à La Havane, quartier Luyano

 

La Havane ville de 4 millions d’habitants, s’étend sur une superficie aussi grande  que Paris et sa zone extra périphérique. Le touriste lambda se cantonne à visiter la vieille ville (Havana Vieja), assez typique et se dépêche de courir plus loin. C’est oublier la vie des quartiers et des municipios plus ou moins éloignés du centre.

Lawton est l’un de ces quartiers, au bout de l’avenue 10 de Octubre  ou l’ombre de l’inspecteur Mario Conde  héros de  Léonardo Padura,  circule encore pour aller en guagua’( autobus urbain surchargés) de son domicile au bureau central de la police criminelle. Lawton, assemblage disparate de maisons bourgeoises, certaines en ruines ou disparues, et d’autres encore pimpantes, et on se demande pourquoi. Sortez de l’avenue après la « loma »  (montée) de l’église de Santo Suarez.

Je vous recommande le panorama vu du parvis de cette église. De cette hauteur, le point de vue général sur La Havane et le coup d’œil  sur les toits hétéroclites en premier plan est assez étendu.

Eloignez vous de l’avenue 10 de Octubre, dans les rues transversales, vous tombez sur le vrai La Havane, le monde des petits, des sans grades, des travailleurs qui remplissent ces transports en communs divers  et bondés  pour aller et venir à d’humbles tâches. Ceux que vous ne rencontrerez jamais. Les maisons deviennent plus modestes, à peine un étage ou en rez de chaussé. Certaines sont en construction ou en réparation,  mais habitées quand même. On y trouve aussi les ateliers, les entrepôts ou les divers lieux de travail. Souvent la rue est défoncée, et on y rencontre des ruines de construction, des maisons en bois, en parpaings inachevées ou vieillissantes.

Je me remémore pourtant d’un jour passé : Après m’avoir indiqué mon chemin une femme âgée n’a pas pu s’empêcher de conclure son explication devant une rue identique : Que linda es La Habana ! (Que La Havane est magnifique), elle qui pour rien ne partirai de sa petite maison en bois.

Oui, que La Havane est prenante, dans sa vie modeste, ou les vestiges d’un passé prospère laissent entrevoir ce qu’elle pourrait redevenir.

Le responsable de l’ONG CAMAHA, m’a conduit  là un soir,  en quelques détours et recherches d’orientation. Nous avons abouti dans la Calle N Santa de Los Angeles, dans le contrebas du vallon entre Lawton et Luyano. Curieusement entre les constructions en dur de diverses époques s’élèvent encore des maisons de bois. Ce ne sont pas des maisons créoles comme aux Antilles ou  Haïti, mais de modestes maisons sans doute amenées là préfabriquées  dans des bois des Etats-Unis dans les glorieuses années trente.

Casa Luyano

Rosita 86 ans, habite une petite maison de ce genre, rien de plus et rien de moins de ce qu’il ne faut pour vivre. Trois pièces en enfilade, la première pour y séjourner, avec ses sièges de réception, fauteuil réglementaire cubain à bascule, puis sa chambre, et puis sa cuisine. En annexe une salle de bain sommaire mais avec un « inodoro » (Cuvette WC). La maison est située sur un terrain plus vaste, une cour attenante pour son petit commerce: dans des cages de bois, l’élevage de volailles de toutes sortes qui lui servent à survivre, canards, dindes, poules, et colombes. Ils sont vendus pour la nourriture et aussi pour certaines volailles, celle au plumage blanc, pour les sacrifices des cérémonies de la religion Yoruba. Dans une seconde cour les vestiges de machines outils de menuiserie, scie à ruban, dégauchisseuse, sous un appentis branlants. Les machines se sont tues, à Cuba travailler à son compte coute très cher en taxes gouvernementales. Et  beaucoup ont baissé les bras.

C’est l’univers de Rosita depuis 54 ans, à peu près l’âge de la révolution. Le tout a survécu sous tous les mauvais coups, cyclones, soleil brûlant, vents de carêmes, période spéciale, pauvreté, pénuries en tout genre, sans toutefois abattre ni Rosita, ni la maison. C’est le miracle de l’incroyable survie de Cuba ramené à petite échelle.

Mais l’édifice est à bout de souffle, la toiture en papier goudronné, fuit d’un peu partout. Les parties humidifiées par les infiltrations pourrissent les éléments de charpente peu à peu. Le toit et les murs tiennent par enchantement. Les réseaux d’alimentation  en eau sont déficients, l’électricité est devenue dangereuse, le gaz de ville vétuste à souhait. L’accident technique peut survenir sans préavis. Nous sommes devant un résumé de l’histoire de La Havane coté peuple cubain. L’envers du décor.

Small is beautiful, déclarait un idéaliste au beau temps de la remise en question de la croissance industrielle indéfinie. Nous traduirons en espagnol : Que maravilloso lo chiquitoL’ONG CAMAHA  veut se lancer dans l’aventure de la réhabilitation ponctuelle à petite échelle, à son modeste niveau et à la taille des moyens financiers. Hors  des sentiers battus  et en toute discrétion.  Dans ce creux de la vague de terrain entre Lawton et Luyano, ou passent les petits vendeurs ambulants, pour la nourriture quotidienne, celle qui est vendue en monnaie nationale. Ou quelques rares voitures passent prudemment en évitant les trous et les bosses de leurs ressorts grinçants.

Nous avons ce jour là passé deux heures de conversation, avec Rosita,  l’histoire, la vie quotidienne, l’âge qui vient sournoisement entraver la « lucha » (lutte) pour la vie quotidienne, bien loin de celle des slogans peint à longueur de ville mais celle là bien réelle. L’entrevue s’est terminée sur la présentation du livre des quinze ans de sa petite fille, déjà un enfant dans les bras. Pour les quinze ans d’une jeune fille c’est la coutume de la photographier dans ses meilleurs atours, dans sa beauté originelle de « mulata cubana »,  la femme cubaine,  merveilleuse invention laissé par la conquête espagnole. Ce livre de souvenir est l’incontournable laissez-passer pour chaque jeune fille. Il  fixe à tout jamais le souvenir de la beauté du diable de chaque femme, avant les dégâts de la réalité de la vie. A Cuba la vie continue inexorablement, et les générations vivent ensemble en bonne entente. Dans la moiteur et le calme des quartiers.

Ce qu’il reste à faire, du coté technique, un projet d’architecte avec métré et estimation des travaux de rénovation, la collecte des matériaux utiles, et les journées de travail exécutées par les artisans cubains, par la famille, les amis, les voisins solidaires et l’aide financière des bienfaiteurs de CAMAHA.

Nous en sommes au projet le reste suivra nous n’en doutons pas, promesse en a été faite par CAMAHA  et j’en suis témoin.

Por mi madre, no hay craneo!

Casa Luyano

VIVIENDA LUYANO

Calle Nuestra Señora de los Ángeles  No. 122, e/ Quiroga y Tres Palacios